Erwin OLAF



Après avoir investi, en 2019, la collection du Rijksmuseum avec plus de 500 oeuvres, Erwin Olaf s’est vu offrir pour sa soixantième année une rétrospective retraçant 40 ans de carrière au Gemeentemuseum ainsi qu’au Fotomuseum de La Haye.

Erwin Olaf et la galerie Rabouan Moussion proposent 2020 & Before - A journey in Black and White, une exposition montrant l’évolution de sa pratique depuis les premiers clichés délibérément subversifs jusqu’aux œuvres actuelles, tableaux photographiques plus familiers du public français montrant de façon intimiste des scènes d’intérieur dont l’apparente perfection laisse transparaître le malaise et la solitude des sujets.

Qu’il s’agisse des premières séries – Squares, Chessmen, Ten Tables – ou d’œuvres plus récentes – Dusk, Berlin, April Fool –, le traitement de l’image entre en tension avec son sujet.



Le studio apporte de l’artificialité au cliché photographique. Il ne s’agit pas d’un instantané pris sur le vif mais d’une image construite, composée au sens pictural du terme. Le contenu parfois érotique contraste avec la construction de l’image, très classique. Ou à l’inverse, les clichés d’apparence très lisse laissent entrevoir une faille, une fêlure :

What I want to show most of all is a perfect world with a crack in it. I want to make the picture seductive enough to draw people into the narrative, and then deal the blow.

Dans April Fool, sa dernière série, l’artiste se met en scène comme un personnage spectral, errant tel un automate dans des décors urbains désertés ou des rayons de supermarchés dévastés, scènes glaçantes et presque apocalyptiques qui renvoient aux visions auxquelles nous avons été confrontés durant ces derniers mois, transformées aujourd’hui en une expérience esthétique commune.