Fred Naud


Si l’univers Carbon Rock de Fred Naud nous plonge dans une thématique post-apocalyptique peuplée d’êtres mystérieux, son esthétique et ses idées sont loin d’être sombres. Découvrez une invitation à renouer avec la nature et le vivant, des œuvres atypiques et un artiste ancré dans son époque.

Par quoi votre imaginaire a-t-il été influencé pour donner naissance à ces êtres d’un autre monde ? Les impressionnistes ont été ma première source d’inspiration, avec des sujets simples, des scènes de tous les jours, mises en avant par un regard sensible à la lumière et aux vibrations des couleurs entre elles. Cette simplicité était pourtant novatrice et voulait changer les codes. J’ai une profonde fascination pour l’architecture organique de Gaudi et l’Art nouveau en général. J’apprécie cette intégration du vivant dans notre cadre de vie, mêlant fonctionnel et esthétique. Pierre Soulages, lui aussi, a su bouleverser les diktats en faisant émerger une luminosité insoupçonnée dans le noir et ses reflets. Je partage ce regard et cette envie de chercher la lumière là où d’autres ne voient que les ténèbres. Mais ma plus grande inspiration reste le vivant. Mes idées, je les puise maintenant partout autour de moi. Partout où je pose mes yeux, je ne vois plus que ça. Le vivant qui nous entoure, et dont nous faisons partie, avec cette capacité à être partout, multiforme, fragile et d’une incroyable capacité à s’adapter, voire renaître de ses cendres.



Le rapport de l’homme au vivant, qui nourrit les réflexions écologiques de nos jours, est donc un sujet important pour vous ?

Effectivement, je fais partie d’une génération qui vit des révolutions sociétales importantes. Même à l’époque des Lumières, je pense que l’accélération des changements ne s’est pas faite aussi vite. Il suffit de regarder l’influence sur notre quotidien d’une invention comme le smartphone. Toutes ces avancées technologiques nous éloignent de plus en plus de ce que nous sommes toujours : des animaux.


Je suis très touché par le mal-être de cette société qui cherche sans cesse à se rassurer sur son appartenance au vivant, tout en doutant toujours d’en faire partie. C’est une véritable schizophrénie que l’on retrouve partout. Au lieu de se placer au centre de tout et de vouloir tout contrôler, l’homme doit comprendre qu’il fait partie de ce tout, qui n’a ni but, ni programme.


Vos œuvres ont-elles toujours été le reflet de cette nature au-delà du contrôle humain ? C’est un parcours sinueux d’autodidacte qui m’a amené au projet Carbon Rock, puis aux néo-organismes. En vivant à Tahiti au contact de la culture polynésienne, j’ai beaucoup appris de ce peuple fier et proche de la nature. Cette période de ma vie a éveillé chez moi l’envie de produire avec mes mains et de créer quelque chose de tangible. La peinture a été mon premier médium d’expression, mais la surface lisse de la toile manquait de relief. Animé par un désir de maîtriser le travail des matériaux, je passe alors des années à travailler le bois, le verre, le métal, les vitraux, puis les matériaux composites.

Autant de rencontres dans des métiers d’arts, pour découvrir, apprendre et retenir les matériaux qui me correspondent le plus aujourd’hui, l’acier, la résine et le carbone. Après une première pièce brute, à cheval entre deux mondes, j’ai ressenti enfin une libération. Un bourgeon créatif avec un propos artistique, comme une évidence en accord avec ma vision du monde. Aujourd’hui, je travaille sur les néo-organismes, une proposition d’un monde vivant après nous.



Et quel est l’avenir de ces néo-organismes ? A long terme, seule la nature en décidera ! Mais d’ici là, vous pouvez tous les retrouver sur mon site, et les découvrir de plus près lors d’une exposition à Paris pour laquelle j’ai été sélectionné, du 25 au 30 mai 2021 avec MAC2000 au Bastille Design Center. Des dates soumises, elles aussi, à des impératifs qui les dépassent, tels que les conditions sanitaires, qui peuvent les faire évoluer...